En France, près d’un adulte sur cinq fait face à un trouble psychique au cours de sa vie, selon l’Inserm. Pourtant, rares sont les familles où ce vécu s’exprime ouvertement. Les enfants, souvent témoins de comportements qu’ils ne comprennent pas, cherchent seuls des explications.
Face à cette réalité, la communication familiale reste un défi majeur. Les tabous persistents, et malgré le souhait de préserver les plus jeunes de l’angoisse ou de la culpabilité, les mots manquent encore souvent. Pourtant, des ressources et de véritables outils existent pour ouvrir le dialogue avec clarté et bienveillance.
Reconnaître son mal-être en tant que parent : un premier pas essentiel
Mettre des mots sur ce que l’on vit, c’est déjà desserrer un peu l’étau. Reconnaître qu’on atteint ses limites, cela va à l’encontre de tout ce qu’on attend d’un parent. Et pourtant, qui n’a jamais ressenti ce quotidien pesant ? Entre la charge mentale, la sensation de s’épuiser et la fatigue qui se prolonge sans relâche, le burn-out parental s’installe parfois sans bruit. L’Inserm révèle qu’un parent sur dix traverse un épuisement émotionnel lourd, parfois jusqu’au point de bascule de la dépression.
L’équilibre de la vie de famille est mis à mal par une pression ininterrompue : peur de faillir, poids social, exigences multiples. Beaucoup minimisent, se disant que la fatigue passera, alors que le trouble psychique s’ancre en silence. Signes à surveiller : le sentiment de sombrer, l’impression que chaque moment devient lourd, une irritabilité persistante, des accès de colère ou la sensation que tout part à vau-l’eau.
Dire « je vais mal » ne signifie pas qu’on a perdu. Nommer ce mal-être enclenche un mouvement vital, aussi bien pour soi que pour l’équilibre familial. Le foyer, au lieu de protéger, peut parfois devenir un foyer de vulnérabilité où le burn-out mine silencieusement chaque relation.
Pour donner un repère, voici quelques signes qui doivent faire réagir :
- Épuisement émotionnel qui s’installe et ne s’atténue pas
- Aucune sensation de recharge, même quand le moment s’y prête
- Perte d’enthousiasme pour la vie de famille ou le travail, comme une envie de tout laisser
Peu à peu, la société commence à voir la réalité du parental burn-out. Les travaux d’Isabelle Roskam et Moïra Mikolajczak ont permis à de nombreuses familles de sortir de l’ombre ce ressenti. On le sait désormais : le mal-être parental ne s’arrête pas aux frontières des milieux sociaux ou des modèles familiaux.
Pourquoi en parler avec ses enfants peut changer la dynamique familiale
Étaler son mal-être devant ses enfants peut sembler risqué. Pourtant, cette honnêteté ouvre la porte à une meilleure compréhension. Dire à un enfant que le parent vit une période délicate, c’est lever le voile avec respect, loin des fausses notes ou des sous-entendus pesants. Les enfants, même les plus jeunes, sentent tout : la tension, la lassitude, la tristesse. Et faute d’avoir des explications, ils brodent souvent des histoires qui n’ont rien à voir avec la réalité.
Employer un langage simple et clair pour décrire le mal-être parental, ce n’est pas se confier dangereusement ni perdre la face. C’est tenir compte de la famille tout entière. Un enfant informé ne construit plus mille théories qui pourraient le culpabiliser inutilement. Il comprend que la colère ou la distance ne sont pas des sanctions, mais l’expression d’autre chose. Mettre la santé mentale sur la table, c’est apaiser la peur, dissiper les malentendus et apaiser les inquiétudes des plus petits.
Pour illustrer tout ce que cette démarche peut modifier dans la famille :
- Apprendre à exprimer ses émotions rend le dialogue plus naturel entre petits et grands
- L’acceptation de la difficulté crée une solidarité nouvelle, sans que l’enfant devienne le réceptacle du malaise parental
- Un effort de clarté, même partiel, évite l’isolement et les surinterprétations
Si le couple parental montre sa vulnérabilité, il transmet aussi le réflexe du soin psychique et la capacité à traverser les périodes difficiles. On gagne en confiance mutuelle, on réduit le poids des secrets. Chacun retrouve la place pour dire ce qu’il éprouve réellement, enfants comme adultes.
Comment aborder le sujet avec ses enfants selon leur âge et leur sensibilité
Un discours ne résonne pas de la même façon selon l’âge de l’enfant. Avec les petits, on fait simple : une fatigue, une période difficile, l’essentiel est dit. Pour les tout-petits, comprendre que papa ou maman est fatigué suffit à expliquer les changements, sans avoir à entrer dans le détail des troubles psychiques. L’amour parental reste intact, et c’est le point d’ancrage dont ils ont besoin.
Les adolescents, eux, sont capables d’entendre une parole plus directe. Expliquer le stress, l’anxiété, l’épuisement émotionnel, c’est leur donner des clés pour saisir l’origine de certains comportements. L’écoute prend alors toute son importance : savoir comment ils vivent la situation évite les ruptures et les incompréhensions.
Quelques principes aident à ajuster la discussion :
- Adapter le discours selon le degré de maturité
- Laisser la porte ouverte aux questions, aussi dérangeantes soient-elles
- Reconnaître ses points faibles sans faire peser la totalité du fardeau sur les épaules de l’enfant
Attention, certains enfants hypersensibles peuvent rapidement s’inquiéter. Il vaut mieux alors se limiter à l’essentiel, maintenir une ambiance rassurante, et rappeler qu’ils peuvent aussi compter sur d’autres adultes bienveillants autour d’eux, à l’école ou ailleurs.
Ressources et soutiens pour accompagner la famille dans cette démarche
Reconnaître un burn-out parental ou un épuisement émotionnel est une première étape mais ne suffit pas à recréer un équilibre. Il s’agit aussi d’oser aller chercher soutien et accompagnement. Beaucoup de parents hésitent encore, craignant le regard social ou la stigmatisation. Pourtant, différents dispositifs existent, à l’hôpital et dans les structures de santé mentale.
La contribution d’expertes comme Isabelle Roskam et Moïra Mikolajczak, toutes deux psychologues du développement, a été déterminante pour identifier et mieux comprendre le parental burn-out. Leurs approches sont aujourd’hui reconnues dans les consultations hospitalières et par de nombreuses équipes de terrain.
Pour faciliter la recherche d’aide, plusieurs solutions s’offrent aux parents :
- Consulter un spécialiste en psychiatrie ou en psychologie permet de dresser un bilan et d’envisager des pistes concrètes d’accompagnement
- Participer à un groupe de parole, mené par des professionnels, autorise à déposer ses difficultés dans un cadre non jugeant
- Se tourner vers des associations familiales ou des lieux d’écoute locaux pour retrouver une première orientation
La santé mentale parentale reste un pan trop souvent ignoré de la vie familiale. Explorer la littérature scientifique, s’informer sur le travail de Roskam et Mikolajczak, s’appuyer sur les acteurs présents : tout cela participe à prendre soin de chacun. Demander de l’aide n’a rien de honteux. C’est toujours un choix de stabilité et de protection pour la famille entière.
Bientôt, parler de mal-être pourrait devenir aussi naturel que dire qu’on est fatigué par la météo du jour. Et le jour où cela arrivera, la dynamique familiale n’en ressortira que plus forte, bloc soudé, debout face aux secousses de la vie.


