La probabilité d’une grossesse gémellaire dépend en partie du patrimoine génétique maternel, plus précisément de la tendance à libérer plusieurs ovocytes lors d’un même cycle. Cette composante héréditaire ne concerne que les jumeaux dizygotes (faux jumeaux). Les jumeaux monozygotes, eux, résultent d’une division embryonnaire spontanée dont le mécanisme reste largement inexpliqué. Avec la généralisation de la PMA et l’évolution des protocoles de transfert embryonnaire, la place de l’hérédité dans la fréquence des naissances gémellaires mérite d’être réexaminée.
Transfert d’un seul embryon en PMA : la variable qui change tout
Pendant des années, les traitements de fertilité ont été le premier facteur d’augmentation des grossesses gémellaires. Le transfert de plusieurs embryons lors d’une FIV multipliait mécaniquement le risque de grossesse multiple, indépendamment de toute prédisposition familiale.
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Les pratiques ont radicalement changé. Au Royaume-Uni, les données de la HFEA montrent que les naissances multiples en PMA sont passées d’environ 28 % au début des années 1990 à 3,2 % en 2024. Cette chute s’explique par la généralisation du transfert d’un seul embryon (single embryo transfer), devenu la norme dans la plupart des centres de procréation assistée en Europe.
Le transfert unique ne supprime pas totalement le risque gémellaire. Un embryon transféré peut encore se diviser et donner des jumeaux monozygotes. Ce phénomène, observé plus fréquemment après FIV qu’en conception naturelle, n’a rien à voir avec l’hérédité : il serait lié aux conditions de culture embryonnaire in vitro.
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Hérédité des jumeaux dizygotes : ce que la génétique maternelle détermine
L’hérédité joue un rôle documenté dans la survenue des grossesses gémellaires dizygotes. La polyovulation (libération de deux ovocytes ou plus par cycle) est un trait qui se transmet par la lignée maternelle. Une femme dont la mère ou la grand-mère maternelle a eu des jumeaux dizygotes présente une probabilité accrue de polyovulation.
Ce mécanisme repose sur des facteurs génétiques liés à la fonction ovarienne, notamment la sensibilité aux hormones folliculo-stimulantes. Le père ne transmet pas directement ce trait, puisqu’il ne produit pas d’ovocytes, mais il peut porter les variants génétiques et les transmettre à ses filles.
Quelques précisions souvent absentes des articles grand public :
- L’hérédité n’intervient que pour les dizygotes. Les jumeaux monozygotes apparaissent de façon aléatoire, sans composante familiale identifiée à ce jour.
- L’âge maternel module fortement la polyovulation : elle devient plus fréquente après 35 ans, ce qui explique en partie la hausse des grossesses gémellaires chez les femmes plus âgées.
- La fréquence des grossesses gémellaires dizygotes varie selon les populations : elle est plus élevée en Afrique subsaharienne et plus basse en Asie de l’Est, ce qui suggère des différences génétiques populationnelles.
Dépistage préimplantatoire et sélection embryonnaire : un nouveau filtre
Les progrès récents en génétique préimplantatoire ajoutent une couche de complexité. Des travaux publiés en 2026 sur le séquençage de troisième génération permettent désormais une détection plus précise de certaines anomalies monogéniques avant l’implantation de l’embryon.
Ce dépistage ne cible pas la prédisposition aux jumeaux en tant que telle. En revanche, il transforme la logique de sélection embryonnaire : on choisit l’embryon le plus viable sur des critères génétiques, puis on en transfère un seul. Le dépistage préimplantatoire renforce la tendance au transfert unique, ce qui réduit encore la part des grossesses multiples liées à la PMA.
Le débat se déplace ainsi de la question « aurai-je des jumeaux ? » vers « quel embryon sera implanté ? ». L’hérédité des jumeaux dizygotes, qui repose sur la polyovulation naturelle, devient sans objet quand la fécondation se fait in vitro avec un seul embryon transféré.

Filiation, don de gamètes et hérédité gémellaire : les règles du jeu changent
Le recours au don de gamètes redistribue les cartes de l’hérédité gémellaire. Quand une femme reçoit un don d’ovocytes, sa propre prédisposition génétique à la polyovulation n’a aucun effet sur la grossesse. C’est le patrimoine génétique de la donneuse qui pourrait, en théorie, influencer le risque de grossesse dizygote naturelle, mais ce scénario ne s’applique pas en FIV avec transfert unique.
Du côté de la filiation, les évolutions législatives dans plusieurs pays (dont la France avec la loi de bioéthique de 2021) encadrent l’accès aux origines et la reconnaissance des enfants nés par PMA. La filiation légale se dissocie de plus en plus du lien génétique, ce qui rend la notion d' »hérédité des jumeaux » encore plus complexe à interpréter pour les familles concernées.
En don de sperme, la question se pose différemment : un même donneur peut contribuer à la naissance de plusieurs fratries sans lien familial apparent, mais avec un patrimoine génétique commun. La probabilité de jumeaux dizygotes reste déterminée par la receveuse (ou la donneuse d’ovocytes), pas par le donneur de sperme.
Grossesse gémellaire naturelle ou assistée : ce que l’hérédité pèse encore
En conception naturelle, sans traitement de fertilité, l’hérédité maternelle reste le facteur génétique le plus pertinent pour estimer le risque de grossesse gémellaire dizygote. L’âge, l’indice de masse corporelle et l’origine géographique complètent le tableau.
En PMA, la donne est différente. Le transfert d’un seul embryon neutralise presque entièrement l’effet de la polyovulation héréditaire. Le risque résiduel de jumeaux monozygotes existe, mais il ne dépend pas de l’hérédité.
- En conception naturelle : l’hérédité reste un facteur significatif pour les dizygotes.
- En FIV avec transfert unique : l’hérédité gémellaire perd son influence directe.
- En stimulation ovarienne sans FIV (insémination) : l’hérédité peut amplifier l’effet du traitement hormonal et augmenter le risque de grossesse multiple.
La question initiale (« les jumeaux, c’est héréditaire ? ») appelle donc une réponse qui dépend entièrement du mode de conception. Pour les couples qui passent par une FIV avec transfert d’un seul embryon, l’antécédent familial de jumeaux n’a quasiment plus d’incidence sur la probabilité d’une grossesse gémellaire. Le facteur héréditaire, bien réel sur le plan biologique, se retrouve court-circuité par le protocole médical.

